Les transporteurs locaux appellent à la régulation du secteur face à l’invasion des entreprises étrangères
Gare d’une compagnie de transport en Côte d’Ivoire (photo d’illustration)
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Le Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transport Terrestre de Côte d'Ivoire (APETT-CI) a exprimé ses vives préoccupations face à la concurrence jugée déloyale d'opérateurs étrangers non agréés, qui perturbent le marché local.
Dans une note d'information transmise à Pressecotedivoire.ci ce vendredi 2 mai 2026, les acteurs locaux dénoncent la présence croissante d'entreprises étrangères, qui, selon eux, fragilisent les sociétés ivoiriennes et risquent de les mettre en difficulté.
Les transporteurs ivoiriens soulignent que de nombreuses entreprises immatriculées à l'étranger exploitent des lignes internationales, telles que celles reliant Abidjan au Niger ou à Lomé. Une fois sur le marché ivoirien, ces entreprises commencent à exploiter des lignes nationales, y compris celles déjà desservies par des opérateurs locaux. Selon eux, les compagnies étrangères, bénéficiant de ressources financières et logistiques supérieures, exercent une pression sur les entreprises ivoiriennes, fragilisant ainsi leur compétitivité.
« Les sociétés étrangères prennent de plus en plus de place sur le marché ivoirien, allant jusqu'à détourner des lignes qui étaient déjà exploitées par des entreprises locales. Certaines sont même au bord de la faillite », indique un acteur du secteur sous couvert d’anonymat.
L'APETT-CI dénonce également des pratiques permettant à certaines entreprises étrangères de contourner la réglementation ivoirienne, en recrutant des Ivoiriens comme prête-noms administratifs pour obtenir des autorisations d'exploitation, tout en restant sous le contrôle d'opérateurs étrangers.
« Certaines compagnies appartiennent en réalité à des acteurs étrangers, mais elles se déguisent en entreprises ivoiriennes en recrutant des jeunes Ivoiriens comme gérants administratifs. Ces pratiques sont illégales et nuisent gravement aux entreprises locales », a ajouté un membre de l’APETT-CI.
Face à cette situation préoccupante, le Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transport Terrestre a demandé au ministère des Transports de suspendre temporairement la délivrance de certaines autorisations de transport, en particulier celles liées aux télétransports, pour une période de cinq ans. Cette mesure vise à permettre aux entreprises ivoiriennes de se redresser et de se préparer à une concurrence équitable.
Selon des sources proches du dossier, plusieurs réunions sont en cours entre les autorités ministérielles et les représentants du secteur des transports terrestres, notamment ceux réunis au sein de l'APETT-CI. L’objectif affiché est de trouver un compromis autour de la question sensible des autorisations de transport et des mécanismes de régulation du marché.
« Cette situation pèse lourdement sur nous. C’est pourquoi nous avons engagé des démarches afin que le ministère suspende, pour une durée d’au moins cinq ans, la délivrance de certaines autorisations de transport, notamment les télétransports. L’objectif est de protéger les entreprises locales et leur permettre de se stabiliser. Nous estimons également nécessaire d’alerter l’opinion publique », a déclaré un acteur du sexteur.
Interrogé sur la question de la concurrence étrangère et des sociétés mises en cause, le directeur général du Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transport Routier, Diaby Ibrahim, a évoqué la poursuite des échanges en cours, laissant entendre qu’une issue négociée reste possible.
Joint au téléphone, le secrétaire général de l’APETT-CI, Soumaré Ibrahima, a montré une certaine réserve sur le sujet. « Ma voix incarne celle de l’APETT-CI, si l’assemblée ne me donne pas mandat de sortir publiquement sur cette affaire, je ne peux pas parler », a-t-il déclaré.
Cette crise met en lumière la nécessité de réguler plus strictement le secteur du transport terrestre en Côte d'Ivoire, d’autant plus que l’intégration économique régionale et la libre circulation des biens et des personnes continuent de modifier les équilibres. Selon les transporteurs ivoiriens, la situation actuelle met en péril la viabilité à long terme du secteur, qui constitue un maillon essentiel de l’économie nationale.
Les discussions entre le ministère des Transports et les entreprises de transport terrestre se poursuivent, mais la solution à cette crise pourrait nécessiter des ajustements législatifs pour garantir une concurrence loyale et protéger les opérateurs locaux.
Lambert KOUAME
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