Le message est adressé sans détour au président de la Fifa Gianni Infantino et aux instances internationales
À Rabat, en marge de la CAN 2025, un débat discret a pris une dimension bien plus large que prévu. Plusieurs dirigeants de fédérations africaines de football se sont retrouvés pour une discussion informelle. Mais derrière ce cadre feutré, un sujet sensible mais plus que d'actualité s’est imposé : l’égalité d’accès aux compétitions internationales et la place des athlètes russes et biélorusses dans le football mondial. Révélations.
Ce n’était pas une réunion officielle, précisent notre source. Pourtant, le ton était clair, les positions assumées et les convergences frappantes. Dans la continuité des échanges engagés avec des journalistes pendant la compétition, ces dirigeants ont mis sur la table une question que beaucoup évitent : le sport peut-il rester universel s’il exclut durablement certaines nations ?
Pour T. Sow, de la Fédération sénégalaise de football, la réponse ne laisse guère de place au doute. Le football, insiste-t-il, doit rester un espace de rassemblement. L’exclusion prolongée ne rapproche pas, elle fige les fractures. À ses yeux, réintégrer progressivement la Russie serait un levier de dialogue, non une concession. Même ligne du côté de Sidi B. Magassa, de la Fédération malienne. Il pose le débat en termes de principe : chaque nation doit pouvoir accéder aux compétitions internationales. Pas seulement pour une question d’équité, mais aussi pour l’intérêt du jeu. Plus d’adversaires, c’est plus d’expérience et davantage de progression, notamment pour les jeunes joueurs africains.
J. M. Kalonji, s’exprimant pour le compte de la fédération congolaise, va plus loin sur la méthode. Il appelle à l’ouverture d’un cadre formel de discussion au sein de la FIFA. Pas de décisions à huis clos, mais un processus collectif, transparent, aligné sur les règles du jeu et les valeurs affichées par le football mondial. Du côté du Bénin, Magloire Oké insiste sur la portée symbolique. Le football, rappelle-t-il, parle toutes les langues. Dans un monde fragmenté, réintégrer des nations exclues serait un signal fort : celui d’un sport capable de rassembler au-delà des tensions. Il évoque également une attente exprimée par plusieurs voix africaines : que les positions en faveur d’un retour des athlètes russes et biélorusses ne restent pas au stade des intentions.
Au fil des échanges, une idée revient avec insistance, presque comme un fil rouge : la cohérence. Plusieurs intervenants pointent, sans s’attarder sur des cas précis, un sentiment de traitement différencié selon les contextes. Or, préviennent-ils, la crédibilité du sport mondial repose sur une règle simple : les principes doivent s’appliquer à tous, sous peine de perdre leur sens.
Ce qui s’est dit à Rabat dépasse donc largement le cas russe. C’est une vision du sport qui se dessine : un sport qui refuse d’être instrumentalisé, qui défend son universalité et qui revendique un rôle actif dans le dialogue entre les nations. Au terme de cette rencontre, trois lignes de force émergent clairement : préserver le sport comme espace de dialogue, garantir un accès équitable aux compétitions et appliquer les principes éthiques sans géométrie variable.
Le message, lui, est adressé sans détour au président de la FIFA, Gianni Infantino, et aux instances internationales : il est temps d’ouvrir le débat. Car au-delà des sanctions et des contextes, c’est l’idée même d’un football universel qui est en jeu. Garantir un accès équitable aux compétitions et appliquer les principes éthiques sans « géométrie variable » exige plus que de bonnes intentions : cela suppose des règles claires, des mécanismes de contrôle et, surtout, une réelle cohérence dans leur application.
D’abord, l’accès équitable implique de réduire les inégalités de départ. Concrètement, cela peut passer par des critères de sélection transparents, des aides financières pour les participants les plus défavorisés ou encore une meilleure répartition des ressources (infrastructures, encadrement, formation). Si certains disposent systématiquement de plus de moyens que d’autres, l’équité reste théorique.
Ensuite, il convient de poser des règles éthiques simples et compréhensibles par tous. Non pas des textes flous, interprétables selon les intérêts du moment, mais des principes stables, connus à l’avance : lutte contre le dopage, respect des adversaires, impartialité des arbitres. Le point le plus délicat demeure leur application. « Sans géométrie variable » signifie que l’on ne ferme pas les yeux en fonction de la notoriété, du statut ou des enjeux économiques. Une règle doit s’appliquer de manière identique à tous, du débutant à la star, sous peine d’éroder la confiance.
Enfin, des instances indépendantes doivent être chargées du contrôle et des sanctions. Lorsque ceux qui organisent sont aussi ceux qui jugent, les conflits d’intérêts deviennent inévitables. Des organes extérieurs, dotés de procédures claires et de décisions motivées, renforcent la crédibilité du système. En somme, l’équité et l’éthique reposent sur trois piliers essentiels : transparence, cohérence et responsabilité. Sans cela, les principes demeurent de simples slogans.
Modeste KONÉ
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