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Réunions du printemps à Washington: « Le gaz doit d’abord servir en Côte d’Ivoire », affirme Mamadou Sangafowa Coulibaly
Aujourd'hui, 09:53

Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie place le gaz au cœur de la stratégie ivoirienne

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À Washington, depuis le vendredi 17 avril 2026, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a pris part à un panel consacré au rôle du gaz en Afrique, en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale, selon un document parvenu à pressecotedivoire.ci. 

 

Prenant la parole, le ministre ivoirien a d’emblée planté le décor : celui d’un continent riche en ressources, mais toujours confronté à un profond déséquilibre énergétique. « Qui aurait cru, il y a encore quelques années, que nous serions ici, à la Banque mondiale, en train de débattre du rôle du gaz pour l’Afrique ? », a-t-il lancé, suscitant des réactions dans une salle composée de décideurs publics et d’acteurs privés, dont plusieurs majors pétrolières.

 

Derrière cette interrogation, se dessine une évolution notable : la reconnaissance progressive du gaz comme une énergie de transition essentielle pour le continent, dans un contexte de forte pression sur les systèmes énergétiques.

 

Les données avancées par le ministre illustrent ce paradoxe : l’afrique dispose d’environ 120 milliards de barils de pétrole et de 650 trillions de pieds cubes de gaz. Pourtant, entre 70 % et 80 % du pétrole produit est exporté à l’état brut, avant d’être réimporté sous forme de produits raffinés, à des coûts plus élevés. Le gaz suit une logique similaire, avec plus de la moitié de la production destinée aux marchés extérieurs.

 

Dans le même temps, la demande énergétique ne cesse de croître, portée par la démographie, l’industrialisation progressive et l’essor des usages numériques, notamment les centres de données et l’intelligence artificielle, particulièrement énergivores. « Nous faisons face à un déficit énergétique criard, alors même que la demande, locale comme mondiale, continue d’augmenter », a résumé le ministre.

 

Face à cette situation, la Côte d’Ivoire a opté pour une orientation stratégique claire : privilégier l’utilisation locale de ses ressources gazières. « En Côte d’Ivoire, tout le gaz découvert jusqu’ici a été destiné à la production d’électricité », a affirmé Mamadou Sangafowa Coulibaly.

Ce choix s’inscrit dans un contexte de forte croissance de la demande nationale en électricité, estimée entre 10 % et 15 % par an. Cette dynamique est alimentée à la fois par les besoins domestiques et par ceux des pays voisins, interconnectés au réseau ivoirien. Cependant, cette progression rapide exerce une pression accrue sur l’approvisionnement en gaz, rendant nécessaire une accélération des investissements dans le secteur.

 

« Le gisement Calao, un tournant stratégique »

 

La découverte du gisement Calao pourrait marquer un changement d’échelle pour le pays. Avec des réserves estimées à près de 5 trillions de pieds cubes, ce gisement représente un potentiel considérable. « Ces ressources pourraient permettre de tripler notre production d’énergie dans les années à venir », a indiqué le ministre.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est double : garantir un approvisionnement énergétique durable à l’échelle nationale et renforcer le positionnement de la Côte d’Ivoire en tant que fournisseur d’électricité dans la sous-région. Malgré ces perspectives, le passage du potentiel à la réalité repose sur la mise en place d’infrastructures lourdes et coûteuses. Le développement du gaz nécessite notamment la construction de pipelines, d’unités de traitement et de réseaux de transport pour alimenter efficacement les centrales électriques.

« Nos priorités sont claires : développer des pipelines, des installations de traitement et des infrastructures de transport adaptées », a précisé le ministre.

 

Abidjan entend mobiliser les investissements nécessaires pour atteindre l’autonomie énergétique en valorisant ses propres ressources. Dans cette optique, le gouvernement privilégie une approche progressive. « Délibérément, nous ne mettons pas l’accent sur les infrastructures de liquéfaction pour l’exportation. La priorité reste la satisfaction de la demande nationale, avant toute exportation du surplus », a-t-il insisté.

 

À travers cette orientation, la Côte d’Ivoire affiche une ambition claire : faire du gaz un levier de transformation économique interne. Il ne s’agit plus seulement d’exporter une ressource brute, mais de l’intégrer dans une stratégie industrielle visant à créer de la valeur ajoutée localement.

 

Elysa Achi

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