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Projet Monogaga : enquête sur une controverse médiatique aux zones d’ombre persistantes
Hier, 17:20

Depuis sa création, Roots Wild Foundation et ses équipes sont engagés dans des actions de protection animale et environnementale

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Depuis plusieurs semaines, le projet d’agro-forêt de Monogaga fait l’objet d’une série d’articles présentés comme des enquêtes journalistiques. Ces publications mettent en cause l’État de Côte d’Ivoire, le ministère des Eaux et Forêts, Roots Wild Foundation et son président, Hallal Bilal.
Face à l’ampleur de ces accusations, pressecotedivoire.ci a engagé ses propres démarches auprès des parties directement impliquées dans le projet, notamment des responsables de Roots Wild Foundation, des acteurs techniques du projet Monogaga et des sources au sein du ministère des Eaux et Forêts, afin de confronter les affirmations diffusées à la réalité des faits.

Des enquêtes sans contacts avec les institutions concernées

Premier élément relevé au cours de nos investigations : aucun des auteurs des articles incriminés n’a officiellement contacté le ministère des Eaux et Forêts, selon des sources internes à ce département. Ces dernières indiquent n’avoir reçu ni demande d’entretien, ni sollicitation écrite, ni requête d’accès aux conventions liées au projet Monogaga.

Même constat du côté de Roots Wild Foundation. Des responsables de la fondation, joints par pressecotedivoire.ci, affirment n’avoir été approchés par aucun des journalistes se revendiquant d’un travail d’investigation. « Aucun droit de réponse ne nous a été demandé », confie un proche du projet.

Cette absence de contradictoire, confirmée par les parties concernées, pose question sur la méthode employée.

Le chiffre des « 20 milliards FCFA » démenti par les documents contractuels

L’un des points centraux de la polémique concerne un supposé financement public de 20 milliards FCFA accordé à Roots Wild Foundation. Après recoupement auprès de sources proches du dossier au ministère des Eaux et Forêts et de techniciens impliqués dans la rédaction de la convention, cette affirmation ne correspond pas aux termes contractuels.

Selon ces sources, l’État ivoirien ne verse aucun financement au projet Monogaga. La convention impose au concessionnaire de réaliser des études environnementales, d’élaborer un plan d’aménagement et de mobiliser lui-même les financements nécessaires auprès de partenaires privés. Les montants évoqués dans certains articles correspondent à une estimation globale des investissements attendus, et non à des fonds publics décaissés.

Redevance annuelle : ce que disent les acteurs du projet

Autre élément souvent présenté comme un avantage indu : la redevance annuelle d’environ 11 millions FCFA. Là encore, des sources au sein du ministère des Eaux et Forêts précisent qu’il s’agit d’une redevance réglementaire, exigée de tout concessionnaire, indépendamment du niveau d’investissement consenti.

Des responsables techniques du projet expliquent que cette redevance s’ajoute à des charges importantes : restauration d’une forêt détruite à près de 97 %, réintroduction d’espèces animales, aménagements écotouristiques et actions sociales en direction des communautés riveraines. « L’État n’investit pas, mais exige une redevance annuelle. C’est le cadre légal », résume un proche du dossier.

Une forêt classée déjà largement dégradée

Les sources rencontrées, tant au sein du projet qu’au ministère, convergent sur un point rarement mentionné : l’état de dégradation avancé de la forêt classée de Monogaga avant la signature de la convention. Occupations illégales, ventes de parcelles, lotissements clandestins et absence prolongée de contrôle administratif ont profondément altéré cet espace.

« Le projet arrive sur une forêt presque inexistante », confie une source technique impliquée dans l’évaluation initiale du site. Un élément déterminant pour comprendre la logique de restauration portée par le projet.

Des intérêts contrariés en arrière-plan ?

Au fil des échanges avec des acteurs institutionnels et des proches du projet, une question revient : à qui profite l’échec du projet Monogaga ? Plusieurs sources évoquent des intérêts fonciers affectés par le retour de l’autorité de l’État, notamment des personnes impliquées dans des occupations ou transactions illégales en forêt classée.

Si ces éléments ne constituent pas une preuve formelle, ils dessinent un contexte de tensions locales que toute enquête approfondie ne peut ignorer.

Hallal Bilal, un profil connu des services de l’État

Les attaques médiatiques ciblent également de manière répétée le président de Roots Wild Foundation. Pourtant, selon des sources au ministère des Eaux et Forêts, Hallal Bilal est un acteur connu des services techniques, engagé depuis plusieurs années dans des actions de protection animale et environnementale.

Fondateur du centre équestre Les Crinières d’Ivoire, il a contribué à la création de la Brigade spéciale équestre de la Police nationale. Il a également participé à des opérations de lutte anti-braconnage et collaboré avec des organisations internationales spécialisées dans la gestion des aires protégées.

Créée en 2023, Roots Wild Foundation a signé plusieurs conventions avec l’État de Côte d’Ivoire, notamment pour Monogaga et Kani-Bandama Rouge. Des responsables de la fondation, interrogés par pressecotedivoire.ci, rappellent que l’organisation ne bénéficie d’aucun financement public direct et qu’elle est soumise à des obligations strictes, contrôlées par l’administration forestière.

Ses actions de terrain, selon nos sources, sont documentées et accessibles au public via ses canaux officiels.

Une polémique qui mérite un vrai débat

L’examen des articles hostiles au projet, confronté aux informations recueillies auprès des acteurs du projet, de Roots Wild Foundation et du ministère des Eaux et Forêts, met en évidence une narration à sens unique, sans contradictoire institutionnel.

Le projet Monogaga peut et doit faire l’objet d’un débat public. Mais ce débat, pour être utile, doit reposer sur des faits établis, des documents consultables et la parole de toutes les parties concernées.

À Monogaga, plus qu’un scandale, les sources interrogées décrivent un territoire longtemps abandonné, aujourd’hui au cœur d’un processus de restauration qui dérange certains intérêts. Une réalité complexe que seule une enquête rigoureuse, ouverte et équilibrée permet d’éclairer.

Modeste KONE

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