Ouganda : l’élection présidentielle perturbée par l’ouverture tardive des bureaux de vote
Une élection sous climat tendu entre l'opposition et le pouvoir en place depuis plus de 20 ans
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L’Ouganda vote ce jeudi 15 janvier pour une élection
présidentielle et législative sous haute tension, opposant le président sortant
Yoweri Museveni, au pouvoir depuis plus de trente ans et candidat à un septième
mandat, à son principal challenger, Bobi Wine, déterminé à empêcher une
nouvelle reconduction du chef de l’État.Dès les premières heures du scrutin, de graves
dysfonctionnements ont été signalés, notamment à Kampala, où de nombreux
bureaux de vote n’ont pas ouvert plusieurs heures après l’heure officielle.
L’opposition dénonce une stratégie volontaire du pouvoir. « Le seul endroit où
le vote a démarré à 7 heures est là où les militaires votent. Ailleurs, il n’y
a pas de vote, le matériel n’est pas arrivé dans 99 % des bureaux », a affirmé
le
secrétaire
général de la Plateforme de l’unité nationale (NUP), David Lewis Rubongoya, interrogé
par l’AFP. Ce dernier dénonce une action « délibérée ».Même accusation du côté de l’équipe de Bobi Wine. Son
avocat, George Musisi, également, estime que ces retards sont « délibérés afin
de garantir un taux de participation très faible ».Ancien chanteur de raggamuffin devenu figure politique
majeure, Bobi Wine, 43 ans, se présente comme le « président du ghetto », en
référence à son quartier natal dans un bidonville de Kampala. Après avoir voté
sous forte protection sécuritaire, il a dénoncé des « problèmes techniques
parmi d’autres irrégularités » entachant le scrutin.En milieu de matinée, après de longues attentes,
certains électeurs ont pu voter, mais le scrutin restait perturbé par des
pannes des machines biométriques, probablement liées au blocage d’Internet
imposé par les autorités. Le président Museveni lui-même a reconnu des
difficultés : « J’ai mis l’empreinte de mon pouce droit. La machine ne l’a pas
acceptée. Alors j’ai mis le gauche. Elle ne l’a pas acceptée », avant de
préciser que « les machines fonctionnaient dans certains endroits, mais pas
dans d’autres ».À 81 ans, l’ex-guérilléro semble en position de force
après six mandats, contrôlant étroitement l’appareil électoral et sécuritaire.
L’ONU décrit néanmoins un climat électoral « marqué par une répression et une
intimidation généralisées ». Selon Amnesty International, au moins 400
partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant la campagne, poussant l’opposant
à apparaître régulièrement vêtu d’un gilet pare-balles. Autre principal figure de l’opposition, Kizza Besigye,
candidat à quatre reprises face à Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya avant
de réapparaître devant une cour martiale en Ouganda, où il reste détenu pour
des accusations de trahison.
Dominique Kobaa
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