Leçons d’un 10 octobre







La journée du 10 octobre 2020 en Côte d’Ivoire est riche en enseignements pour l’opinion nationale et internationale.

UN FAIT RARE

Le premier enseignement à tirer de cette journée historique, c’est la tenue de ce meeting au stade Houphouët-Boigny. De mémoire d’Ivoirien, c’est la première fois qu’une opposition parvienne àtenir jusqu’au bout un si grand rassemblement dans cette enceinte du quartier administratif abidjanais. Depuis des décennies, seuls les partis au pouvoir réunissent régulièrement leurs supporters en si grand nombre en ce lieu. Le Plateau étant un haut lieu sensible où se trouvent les sièges des institutions publiques dont la présidence de la République, les régimes ont généralement rechigné à y autoriser de grands rassemblements hostiles. Les rares manifestations de l’opposition qui s’y sont déroulées, c’est   cette marche inoubliable du 18 février 1992. C’est ensuite un meeting organisé à l’intention de la jeunesse par un certain Guillaume Soro en 2000 pendant la transition militaire. Ces deux rencontres réprimées par les pouvoirs d’alors se sont terminées dans la violence et par des arrestations. En 1999, suite à l’emprisonnement de plusieurs de ses cadres, le RDR a organisé un meeting au sein du stade Houphouet-Boigny, sans heurt. Mais le stade était à peine rempli à moitié à cette occasion.

Vingt ans après, ce grand rendez-vous du 10 octobre 2020 au Félicia était aussi le plus grand rassemblement humain tenu contre le régime d’Alassane Ouattara depuis une décennie de règne du Rhdp. Aux yeux de certains, ceci pourrait conférer un mérite démocratique au régime actuel, mais avait-il vraiment le choix dans le contexte d’aujourd’hui ? Après tant d’activités organisées par le Rhdp au sein de la grande Cuvette du Plateau, les autorités pouvaient-elles refuser ce cadre aux adversaires du parti au pouvoir ? Quand on sait que cette opposition a déjà réussi à mettre en branle la communauté internationale qui multiplie les missions à Abidjan pour exhorter à l’organisation d’une élection présidentielle consensuelle et inclusive, le pouvoir aurait-il résisté à la pression suite à un refus ? Cette pression aurait été trop forte pour lui.

DES OPPOSANTS DETERMINES

A force de voir que des activités du Rhdp à Abidjan et à l’intérieur du pays, activités abondement relayées par les médias publics, des observateurs internationaux et même nationaux avaient certainement fini par croire la que majorité des Ivoiriens étaient favorables à Alassane Ouattara. Sauf que dans la matinée de ce 10 octobre, le décor et l’ambiance ont changé. Au lieu et place du convoyage habituel des partisans du Rhdp au stade du Plateau, c’était le déferlement de milliers de citoyens farouchement opposés à un 3e mandat d’Alassane Ouattara et réclamant le changement de tout le dispositif institutionnel électoral pour un scrutin présidentiel justeet crédible. Venus de différents quartiers d’Abidjan, l’accès au Plateau leur a été refusé à divers endroits par la police. Un dispositif militaire de nature dissuasive a été déployé partout dans le Plateau. Mais ils ont bravé autant d’obstacles pour atteindre le lieu de la manifestation. 

Ce 10 octobre au stade Houphouet-Boigny, sur les pancartes et banderoles,ce n’était pas« ADO un coup KO », mais plutôt « ADOdehors ». Le monde entier a donc entendu la voix de la masse silencieuse non favorable au chef de l’Etat en fin de mandat.

L’OPPOSIOTION RENFORCE SON UNITE

Un autre fait qui revient dans les commentaires de la presse nationale et internationale après ce rendez-vous historique, c’est l’unité affichée par l’opposition ivoirienne. A peine un mois plus tôt, peu de personnes pouvaient imaginer réunis autour de Konan Bédié le président du PDCI, dans la tribune officielle du stade du Plateau, d’autres leaders comme Mabri Toikeusse (Udpci), Pascal Affi N’Guessan (FPI), Mamadou Koulibaly, (Lider) Marcel Amon-Tanoh, Danielle Boni Claverie et bien d’autres figures importantes de l’opposition, sans oublier Laurent Gbagbo Guillaume Soro, Charles Blé Goudé contraints à l’exil en Europe et également acteurs clés de ce rassemblement.

On peut le dire, à travers ce meeting du 10 octobre, les leaders de l’opposition ont montré leur capacité à se mettre au-dessus de leurs divergences respectives, et s’unir pour la cause commune. Ça promet.

Cissé Sindou 

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