Que perd-on à libérer ces prisonniers ?







Face à la grave crise du coronavirus, la Côte d’Ivoire gagnerait plus qu’elle n’aurait à perdre dans la libération des détenus pro-Soro pro-Gbagbo… 

 

Après les prévisions inquiétantes du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui affirmait au mois de mars dernier que l’Afrique devait « se préparer au pire », un autre pronostic glaçant vient d’être fait sur les probables dégâts de la pandémie du coronavirus en Afrique. C’est celui de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).  Dans un rapport rendu public le 17 avril alerté, elle annonce que « plus de 300.000 Africains pourraient perdre la vie à cause de la maladie ». L’information donne froid dans le dos. Elle    pourrait surtout montrer que le continent africain, avec actuellement un millier de décès au total n’est qu’au début de sa guerre contre la Covid-19.

C’est aussi l’occasion de rappeler aux gouvernants africains que plus que jamais, l’heure est venue pour nos pays respectifs de créer les conditions les plus propices d’une mobilisation nationale contre l’ennemi commun qu’est ce virus mortel.

Freiner un jour l’augmentation des cas positifs et les décès causés par la Covid-19 demandera sans doute une convergence nationale dans la lutte. Dans le cas ivoirien, cela passe avant tout par une décrispation de l’atmosphère politique. Les autorités pourraient mieux bénéficier de la coopération qu’elles attendent de tous les citoyens si, face au danger public, elles posaient des actes forts qui feraient oublier un tant soit peu nos antagonismes politiques. L’un de ses actes serait, comme nous l’écrivions précédemment, une implication réelle, active et sincère de l’opposition politique dans la stratégie de riposte. Un autre et non des moindres serait la libération de tous les prisonniers considérés comme politiques, qu’ils soient pro-Soro ou pro-Soro… Il y a des moments dans la vie des Nations où celui qui dirige doit sortir des petits calculs partisans pour privilégier l’intérêt national. Que perd-on aujourd’hui à accorder une liberté à ces détenus dont la plupart non encore jugés bénéficient toujours de présomptions d’innocence ? On n’y perdrait rien ! Bien au contraire. On y gagne beaucoup. On y gagne l’apaisement qui va orienter toutes les énergies du pays dans une même direction contre le virus. En faisant en sorte que ces prisonniers jusque-là exclus de la récente mesure de grâce présidentielle, retrouvent leurs familles et leurs camarades politiques, les dirigeants éteindront un front qui reste pour eux aussi préoccupant que le coronavirus, celui des adversités politiques parfois à l’origine de tant de désordres sociaux face à la pandémie.

Le pays gagnera une meilleure implication dans la sensibilisation à la discipline de tous ces citoyens et leaders politiques. Des acteurs clés aujourd’hui envahis de rancœurs à cause de l’emprisonnement de leurs proches. Les campagnes de sabotages volontaires ou involontaires des mesures gouvernementales vont s’atténuer. Sans doute, des Ivoiriens remontés contre les gouvernants qu’ils voient comme les vrais auteurs de l’incarcération des leurs et non la justice, cesseront d’applaudir chaque soir dans leurs salons la hausse du nombre de contaminations et de décès liés au Covid-19. Oui, aussi cynique que cela puisse paraître, c’est une de nos tristes réalités.  Tout simplement parce que face à la crise sanitaire, l’on souhaiterait voir encore et encore en difficulté des gouvernants qu’on regarde comme les vrais geôliers de nos proches. Apaisons les cœurs pour venir à bout du virus, pour espérer être encore nombreux en vie à l’heure de la prochaine élection présidentielle. Cette élection qui se trouve être malheureusement l’enjeu réel de certaines détentions et poursuites judiciaires actuelles.

Cissé Sindou      

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