La CEDEAO et l’UA ramenées à leur copie







L’histoire est en train de donner tort à la CEDEAO et à l’Union Africaine dans leur incapacité à œuvrer fermement contre le phénomène des troisièmes mandats en Afrique, particulièrement en Afrique de l’Ouest.

En 2020, deux dirigeants de la sous-région en fin de mandats constitutionnels, Alpha Condé de la Guinée, et Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, décident d’opérer des passages en force pour se maintenir au pouvoir contre la volonté de la majorité de leurs concitoyens. Cela donne lieu à des contestations légitimes dans les rues. Dans les deux pays, ces manifestations sont réprimées dans le sang. Selon un bilan établi en octobre 2020 par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) à la veille du scrutin présidentiel en Guinée, au moins 90 personnes ont été tuées en un an au cours de la répression des actions menées contre un 3e mandat du président sortant Alpha Condé. Des dizaines de ces victimes ont été tuées par balles.

En Côte d’Ivoire, selon des chiffres officiels (donnés en novembre 2020 par le porte-parole du gouvernement), le bilan global de la contestation du troisième mandat d’Alassane Ouattara s’établit à 85 morts et 484 blessés :  34 morts.  

Face à ces bilans macabres, Alioune Tine, ancien directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest avait alerté à l’époque sur le drame du phénomène des troisièmes mandats devenu le « principal facteur de tueries et de violences politiques dans la sous-région ». Le fondateur du Think Tank Afrikajom avait alors interpellé l’Union Africaine (UA), la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) … « On attend des institutions africaines et ouest-africaines des actes de nature à éviter une déflagration en Côte d'Ivoire. Les mêmes ingrédients qui avaient abouti aux violences postélectorales de 2010 sont réunis. Même logique du "on gagne ou on gagne’’ », a-t-il averti.

APRES LA GUINEE, LES RAGARDS SONT TOURNES VERS LA COTE D’IVOIRE…

En pleines crises des troisièmes mandats, la CEDEAO et l’Union Africaine ont dépêché des missions de médiations dans les deux pays.  Mais, peu fermes face aux dirigeants qui voulaient se maintenir au pouvoir à tous les prix, ces missions ont échoué et les organisations régionales ont fini par laisser faire.

En Guinée, Alpha Condé s’est fait réélire au premier tour avec 59,5% à l’issue du vote du 18 octobre.

En Côte d’Ivoire, le score d’Alassane Ouattara, « 94,27% » était encore plus révélateur d’une non-élection le 31 octobre 2020.     

Tous les deux ont été félicités par l’Union africaine et la CEDEAO.  Aujourd’hui, la chute d’Alpha Condé en Guinée, sans la moindre réaction des 59% de Guinéens qui l’auraient réélu, montre à ces organisations qu’elles se sont rendues complices de faux. Pis, elles se sont rendues complices de toutes les tueries commises pour obtenir ce bref troisième mandat de l’ancien autocrate de Conakry.

Après la chute de Condé en Guinée, les regards sont tournés vers la Côte d’Ivoire où le pouvoir Rhdp se laisse tromper par une paix apparente…

Les regards sont aussi tournés vers le Sénégal où Macky Sall est soupçonné de vouloir briguer un troisième mandat par le même procédé que ses homologues de la Guinée et de la Côte d’Ivoire. Pourtant, le push survenu en Guinée devrait amener ces organisations à revoir sérieusement leur gestion de la question des troisièmes mandats. Afin de prévenir à temps ce qui peut l’être encore en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

 

Cissé Sindou

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