Ces enseignements venus de Bamako







L'affaire des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali doit faire réfléchir...

 

 

Jugés par la cour d'assises de Bamako, les 46 soldats ivoiriens détenus au Mali ont été condamnés le 30 décembre 2022 à 20 ans  de prison pour "atteinte à la sûreté" de l'Etat. Cette décision a suscité la colère de nombre d'Ivoirens qui continuent de clamer l'innocence des condamnés. Ils estiment que ces soldats étaient en mission pour les Nations Unies au Mali et qu'ils sont victimes d'une injustice. Sauf que cela ne vaut que pour eux. Les juges maliens qui ont examiné le dossier en ont fait une lecture différente et ont pris la décision que nous connaissons. Ils ont même condamné à la perpétuité par contumace les trois femmes qui figuraient parmi les 49 personnes initialement interpellées. Ces flammes, rappelons-le, ont été libérées au mois de septembre dernier pour raison humanitaire.

Bien que rendu à Bamako, ce verdict a l e mérite de donner un enseignement dans une situation nationale ivoirienne,celle de la condamnation de prisonniers politiques victimes d'injustice aux yeux d'une partie de l'opinion. Les partisans du pouvoir Rhdp qui vouent aux gémonies aujourd'hui la justice malienne en la taxant d'être aux ordres, devraient  comprendre que ce sont les mêmes reproches qui sont faites par d'autres Ivoiriens à notre justice accusée elle aussi de se laisser manipuler  par l'Exécutif pour faire taire des opposants gênants. Donc, ceux qui considèrent que la condamnation de nos soldats n'est pas fondée et qu'elle a pu être dictée depuis le sommet de l'Etat devraient admettre qu'il a pu en être de même pour la condamnation de détenus comme  Pulcherie Gbalet, Guillaume Soro, Koné Kamaraté  Souleymane dit Soul To Soul, et de bien d'autres prisonniers ou exilés politiques. L'enseignement que nous devrions tous tirer de ces affaires traitées au Mali et en Côte d'Ivoire, c'est de reconnaître que le sentiment d'injustice  n'arrive pas qu'aux autres. Cela appelle surtout les citoyens de nos pays à la lucidité face aux manipulations des politiques. Soutenir un régime n'oblige pas à le soutenir dans toutes ses pratiques. Ainsi, dans leur amertume face au sort que connaissent ces soldats ivoiriens au Mali depuis  juillet 2022  jusqu'à ce jour, certains Ivoiriens devraient se souvenir des charges  qui ont été subitement portées contre une personnalité comme Guillaume Soro.

En rentrant en Côte d'Ivoire le  23 décembre 2019,il ne se reprochait rien. Il a pris normalement son vol comme l'ont fait les soldats ivoiriens arrivés au Mali. A la difference que lui ne voyageait  pas avec des armes. Mais, cela ne lui a pas évité  d'être accusé, par le procureur Adou Richard, d'être venu en Côte d'Ivoire pour parachever un projet de coup d'Etat qu'il aurait préparé longtemps à l'avance. Malheureusement, beaucoup d'Ivoirens ont cru à cette thèse et trouvent aujourd'hui que les soldats accusés du même projets sont innocents. Alors, ils doivent bien réfléchir et s'interroger si Guillaume Soro est effectivement coupable comme ils le pensaient jusque-là. C'est pourquoi, au lieu de blâmer les partisans de Guillaume Soro, de Pulcherie Gbalet ou d'autres prisonniers politiques qui ne montrent pas la même hostilité vis-à-vis des autorités maliennes que les inconditionnels du régime Ouattara, il faut les comprendre. Ils observent tout simplement dans la situation des soldats ivoiriens au Mali des similitudes avec le sort de personnalités ivoiriennes dont ils trouvent injuste la détention ou la  condamnation par la justice ivoirienne.

 Et, dans leur réaction à géométrie variable, ceux qui reprochent aux pro-Soro de se réjouir de l'arrestation de leurs  compatriotes à Bamako, ont oublié qu'eux aussi se sont réjouis de l'interpellation en août 2021 dans le même pays, de l'ex-deputé maire de Dabou Sess Soukou Mohamed dit Ben Souk proche de lex-PAN, en exécution d'un mandat d'arrêt de la justice ivoirienne qui l'accusait  de préparer des actions subversives  depuis le Mali.

Un autre enseignement à tirer de l'affaire des soldats ivoiriens détenus au Mali, c'est que les partisans du pouvoir Rhdp ont été prompts à déclarer qu'une mesure de grâce sera prise par le président de la transition Assimi Goita dès le lendemain du verdict de la cour d'assises de Bamako et que les 46 condamnés seraient aussitôt libérés et auraient regagné la Côte d'Ivoire avant le 1er janvier 2023. On le voit, ils demandent aux autorités maliennes des largesses que le régime ivoirien refuse à des acteurs politiques condamnés en Côte d'Ivoire depuis  des années. La clémence et la tolérance ne devraient  pas exister qu'au Mali.                                                              

Cissé Sindou

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