Partisans « désintéressés »







Dans un message posté en fin de semaine dernière, Guillaume Soro a touché du doigt l’une des clés du vrai militantisme politique : lutter pour ses convictions et non pour des intérêts matériels.  

« (…) Je me suis rendu ce soir sur la toile. Et j’ai observé et contemplé des hommes et des femmes qui ne me connaissent même pas. Et pourtant, ils se privent de leurs économies pour organiser des activités en mon nom et pour mon compte sans même imaginer qu’ils ne me verraient un jour jamais ! Des postes ministériels, ils n’y songent même pas. Désintéressés ils le sont… », a écrit Guillaume Soro.

Ce message du président de Générations et Peuples Solidaires (GPS) est riche de sens. En effet, en quelques phrases, le ‘’leader générationnel’’, comme l’appellent ses partisans, a touché là, la question profonde de l’engagement en politique. Pourquoi l’on décide de soutenir tel leader ou tel bord politique ? Le sujet est d’actualité à la lumière de la transhumance politique devenue un phénomène courant en Côte d’Ivoire. On assiste surtout à la migration d’anciens farouches opposants vers le camp du pouvoir. Ces recrues du parti présidentiel essaient toujours de trouver des arguments pour justifier leur nouveau choix. Généralement, ils affirment s’être rendus compte qu’ils n’avaient pas choisi la meilleure voie, et deviennent très élogieux à l’endroit du régime qu’ils critiquaient quelques mois, voire quelques semaines avant leur changement de camp. Mais, ils sont les premiers à être convaincus qu’ils ne convainquent personne. En effet, le timing et les circonstances de leur déshonorante volte-face sont assez édifiants sur la vraie raison de leur décision. Cette raison, c’est bien la fuite de la galère et la recherche de l’aisance matérielle. Si l’on prend l’exemple des cadres de GPS, qui ont lâché leur leader Guillaume Soro en pleine traversée de désert, l’on constate qu’ils ont en commun des difficultés matérielles. En tout cas, au moment de leur départ, ils n’ont pas de quoi assurer leur train de vie habituel. Ils monnaient alors leur recrutement contre des dons en espèce et des postes pouvant les aider à sortir de la dèche. Le pouvoir en jubile pour avoir atteint un objectif, celui qu’il vise en privant ses adversaires politiques de leurs sources de revenus, allant parfois jusqu’à geler leurs comptes bancaires.

En privé, certains de ceux qui n’y résistent pas, cherchant à se donner bonne conscience, trouvent intransigeants leurs détracteurs (qui les accusent de trahison) estimant que ces derniers ne savent pas la réalité de la souffrance qu’ils vivaient. Mais là encore, ils ne convainquent pas. La vérité ici est unique : ils ne sont pas des hommes et des femmes de conviction. Leur soutien à leur ancien leader visait en effet des postes juteux imminents.  Tout autre argument est une fuite avant. Et, face aux épreuves qui annoncent une longue lutte difficile, ils abandonnent le combat pour aller vers ceux qui peuvent leur offrir ce qu’ils recherchent. La preuve, lorsqu’ils quittent leur ancien parti ou leader pour, disent-ils « divergence idéologique ou d’approche », ils se dirigent rarement vers une destination autre que le camp du pouvoir, où ils peuvent avoir le plus vite possible postes et argent. Leur démagogie et leur manque de conviction est confirmée par des modèles. C’est le cas de cet ancien ministre du régime Gbagbo que j’ai rencontré en 2012 dans les couloirs de la Mugef-CI au Plateau. Il était venu renouveler sa carte d’assurance santé de fonctionnaire dont il n’avait pas eu besoin au moins une décennie durant en raison de ses anciens privilèges. Je connais bien d’autres barons de l’ancien régime FPI qui préfèrent ainsi assumer aussi dignement leur nouvelle situation sociale que de vendre leur honneur au parti au pouvoir prêt à l’acheter à prix d’or. C’est de ce type de partisan que parle Guillaume Soro, à savoir ceux que le soutiennent n’ont pas pour ce qu’ils attendent de lui, mais pour ce qu’ils aiment en lui. Ceux qui sont prêts à lui rester fidèles aussi bien dans les périodes difficiles que pendant l’aisance. Soyons avec Guillaume Soro d’abord pour ce qu’il peut apporter à l’ensemble des Ivoiriens, et non pour notre seul profit.    

Cissé Sindou

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