La solution doit-elle venir de Macron ?







Le vendredi 4 septembre 2020, l’avenir de la Côte d’Ivoire semblait se jouer à Paris. Et pourtant…

 

Aucun communiqué de l’Elysée n’a sanctionné cet huis clos ayant réuni le chef de l’Etat français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara.

 

 

Côté ivoirien, il a eu une note d’information de la présidence de la République et des tweets postés par le Président Ouattara.  Il se réjouit des « convergences de vues » entre lui et son hôte sur la « situation économique et politique en Côte d’Ivoire, notamment l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 dans un climat de paix ». Cependant, ce message reste flou sur l’orientation réelle de leurs échanges.

Le jeune Président français, rapportent d’autres sources, aurait demandé à son visiteur de renoncer à sa candidature à cette élection. Emmanuel Macron aurait ainsi estimé cette candidature non conforme à la Constitution ivoirienne. Il aurait alors demandé à Alassane Ouattara de désigner un autre cadre pour porter l’étendard de son parti.  

Il nous revient également qu’en cas d’entêtement du président du Rhdp à maintenir sa participation, le patron de l’Elysée lui aurait recommandé, dans ce cas, de permettre la participation de Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro menacés d’exclusion.

Les jours ou semaines à venir nous situeront sur le contenu réel de ce déjeuner présidentiel.

Quoi qu’il en soit, les Ivoiriens ne devraient pas s’en remettre à la France ou à son Président pour trouver les solutions d’une élection présidentielle apaisée en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, comme hier, cette solution est d’abord aux mains des Ivoiriens, et précisément aux mains du chef de l’Etat Alassane Ouattara. C’est à lui qu’il appartient de créer les conditions d’un scrutin consensuel. Il devrait avant tout mesurer les conséquences de sa candidature jugée anticonstitutionnelle par ses propres juristes et rejetée par l’opposition. Et, depuis son officialisation, le pays a perdu plusieurs de ses fils et filles dans des contestations qui ont également causé d’énormes dégâts matériels. Ces violences ont réveillé de vieilles rancœurs tribales dans différentes régions. Les vieux démons du repli identitaire ont refait surface et la tension est montée d’un cran dans tout le pays. Il s’agit donc à ce jour, pour notre Président, de tirer des leçons de ces troubles déjà provoqués par sa candidature et de prendre, à temps, une décision qui peut éviter d’autres violences plus graves.   

C’est aussi lui qui détient les clés d’une élection inclusive. Même le plus naïf des Ivoiriens est conscient du caractère politique des poursuites judiciaires et les objectifs politiciens des peines qui ont abouti au retrait des noms de Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé de la liste électorale.

Animé d’une bonne volonté, le chef de l’Exécutif peut par les mêmes stratagèmes trouver les solutions juridiques à la réintégration de ces candidats. Là encore, il s’agit de tirer des enseignements de ce qu’a déjà coûté à la Côte d’Ivoire des politiques basées sur l’instrumentalisation de la justice et autres institutions de l’Etat pour exclure du jeu politique des adversaires gênants. On s’en souvient, lorsque cela s’est produit à l’élection présidentielle de 2000 puis à l’élection législative de la même année, la suite a été une guerre civile qui a duré de 2002 à 2011. Une guerre dont on aurait pu faire l’économie si l’on avait compris à temps qu’aucun régime, aussi puissant soit-il, ne peut exclure indéfiniment de la compétition politique des leaders aussi soutenus que lui. Hélas, à chaque fois, face à une telle interpellation, le pouvoir actuel et ses partisans répondent qu’il ne s’agit pas de la même époque et que le Président Ouattara n’est pas comparable à ses prédécesseurs ou encore à d’autres dirigeants de la sous-régions qui connaissent de tristes fins à cause de leur autocratie. Pourtant, ni Alassane Ouattara, encore moins ses partisans, n’ont pu empêcher les violences et les pertes en vie humaine survenues ces dernières semaines après l’annonce de sa candidature. Donc, avant qu’il ne soit trop tard, trouvons sagement entre Ivoiriens la solution d’une élection présidentielle apaisée en Côte d’Ivoire. 

Cissé Sindou               

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