Yodé et Siro, sans passion







Le titre ‘’Mon président on dit quoi ? » du dernier album de Yodé et Siro provoque une levée de boucliers de certains partisans du Rhdp contre ces artistes. Et pourtant.

En 4 minutes 20 secondes, le groupe Zouglou a résumé les grands thèmes de la prochaine campagne présidentielle, à savoir :  la redistribution des fruits de la croissance économique, l’endettement du pays, les difficultés sociales, la démocratie et les libertés publiques, la réconciliation, et surtout les conditions d’une élection apaisée sans une nouvelle crise meurtrière.

Chacun pourra appréhender le contenu de cette chanson selon son opinion, mais nous le répétons, ces deux zougloumen ont le mérite d’avoir abordé des thèmes qui intéressent les Ivoiriens. Et au bon moment.

En témoignent l’écoulement de 10 000 CD en 48 heures, et la folle polémique sur les sujets traités.

 Alors, au lieu de mépriser ces artistes, les communicants du Rhdp devraient, sans passion, prendre toute leur place dans le débat ouvert, et commencer à apporter des réponses argumentées aux différentes critiques exprimées sur le bilan du pouvoir sortant. Ne l’oublions pas, Yodé et Siro ne sont pas les seuls à évoquer un quotidien de plus en plus misérable pour des Ivoiriens en pleine période de croissance nationale.

Lors de nos tournées dans les ‘’grins’’, ces lieux de retrouvailles généralement fréquentés par des militants ou sympathisants de l’ex- Rassemblement des Républicains (RDR) parti originel d’Alassane Ouattara, nos hôtes ont été les premiers à surnommer leur mentor : ‘’Madou Goudron’’. Ils lui reprochent de ne faire que construire des routes et des ponts pendant que la population reste pauvre. Ce sont bien là des propos tenus dans les fameux ‘’grins’’ du RDR. Voilà pourquoi cette critique devrait sérieusement interpeler les tenants du pouvoir.  

Selon le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, les efforts du régime Ouattara ont permis, « dès 2015, d’inverser les courbes du taux de chômage et du taux de pauvreté restées croissantes depuis 1985 ». Et d’après les résultats provisoires d’une enquête gouvernementale sur le niveau de vie des ménages, qu’il a dévoilés, « le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire se situe à 37,2% en 2018, contre 51% en 2011. « Selon nos prévisions, ce taux se situerait à environ 35% à fin 2020 », a-t-il prédit. Cependant, ces statistiques semblent être aux antipodes du vécu des ménages dont la grogne n’est que reprise par le duo Y.S. Un duo du reste constant dans ce rôle depuis plusieurs régimes.  

Quant à la critique selon laquelle ce sont les Bakayoko et les Coulibaly « seulement qui mangent », elle rappelle une autre qui dénonçait hier l’exclusion des Ouattara, des Bakayoko, Coulibaly… ».

Et tel que hier, les pouvoirs mis en cause niaient cette exclusion, certains activistes du Rhdp rejettent la complainte de ceux qui se disent exclus aujourd’hui.

Au lieu de s’irriter, n’est-il    pas plus indiqué d’apporter la preuve que les Koudou, les Digbeu, Koffi, Konan également fils de la Nation occupent de nombreux postes des « gardiens jusqu’aux directeurs ». Loin d’être banale, cette question pose le profond problème que rencontre la construction de la Nation ivoirienne.  Après Houphouet Boigny qui avait réussi à être rempart suprême contre toutes tentations de repli identitaire, rejets ethniques, raciaux… en Côte d’Ivoire, ses successeurs ont failli à ce niveau, se rendant eux-mêmes parfois complices de la catégorisation des citoyens et autres formes de règlements de compte sur fond de tribalisme.

Le pays reste donc à la recherche d’un véritable leader qui réussira, comme Houphouët, à éteindre le sentiment de favoritisme et d’inégalité entre citoyens ivoiriens.

C’est pareil pour les manipulations politiques, notamment l’instrumentalisation de l’institution judiciaire par ceux qui dirigent, afin d’écarter des élections leurs adversaires gênants. Hier, la victime de cette injustice se nommait Alassane Ouattara. Il n’a été autorisé à se porter candidat à l’élection présidentielle de 2010 qu’après plusieurs années de guerre civile. Aujourd’hui, ironie de l’histoire, c’est sous Ouattara que des décisions de justice sont rendues uniquement dans le but d’empêcher des acteurs politiques de participer à des élections.  « On ne se réconcilie pas en mettant les gens en prison. Le pays a besoin de tous ses enfants pour la vraie réconciliation. Ce que tu n’as pas voulu hier, ne le fais pas aujourd’hui, parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets… », préviennent à juste titre les deux zougloumen.

Cissé Sindou     

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