Courage aux médiateurs







Derrière les joutes quotidiennes, des tractations souterraines ont cours pour rapprocher Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Quelles sont les chances de réussite de cette médiation ?

Les guides d’une communauté religieuse dont nous taisons le nom sont à pieds d’œuvre depuis quelques semaines pour ramener la paix entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Les acteurs de cette médiation tiennent au succès de leur mission. Ils ne ménagent donc aucun effort pour la réussir. Les émissaires font circuler régulièrement des messages entre la Présidence de la République, la résidence présidentielle à Abidjan, et la France où ont trouvé refuge le président de GPS et nombreux de ses proches recherchés par les autorités ivoiriennes.

S’il n’y a pas de doute sur la détermination de ces médiateurs, qu’en est-il des chances de succès de leur initiative ? Peuvent-ils obtenir un accord entre ces deux camps dont les positions paraissent si inconciliables aujourd’hui ?

D’un côté, il y a Alassane Ouattara et des caciques de son parti, le Rhdp, qui ne souhaitent manifestement pas une candidature de Guillaume Soro à l’élection présidentielle d’octobre prochain. Les partisans de l’ancien président de l’Assemblée nationale sont majoritairement issus de l’ancienne base électorale du RDR, qui reste le socle sur lequel compte s’appuyer le Rhdp pour s’assurer une victoire à cette élection. Pour bien d’observateurs, c’est le but réel de toutes ces poursuites judiciaires auxquelles on assiste depuis décembre 2019 à l’encontre du leader de GPS et ses proches. Autrement dit, Guillaume Soro, encore moins un membre de son entourage ne serait à ce jour inquiétés si l’ancien chef du Parlement avait accepté d’adhérer au Rhdp comme l’ont fait d’autres présidents d’institutions à la naissance du parti unifié.

Tous ces arguments utilisés par le procureur Adou Richard pour les mettre en cause n’auraient jamais vu le jour. 

Aujourd’hui, le Rhdp est peut-être tenté de se satisfaire du sort actuel de Guillaume Soro en laissant le temps s’écouler jusqu’à ce que le député de Ferké, visé par un mandat d’arrêt de la justice ivoirienne, soit forclos pour toute candidature au scrutin d’octobre prochain. Cependant, le parti de Ouattara sait qu’en plus d’exacerber la tension politique qui prévaut dans le pays, l’exil de l’ancien SG des ex-Forces Nouvelles et le maintien en prison de ses proches jusqu’à cette élection en rajoutera à la colère des anciens alassanistes qui ne jurent que par Guillaume Soro. Non seulement ils ne voteront pas le candidat du Rhdp, mais ils pourraient massivement faire un vote sanction contre ce candidat. Craignant cette éventualité aux conséquences imprévisibles, le parti de Ouattara ne voudrait donc pas demeurer dans un conflit ouvert avec le camp Soro jusqu’au vote. D’où l’intérêt d’un rapprochement avec l’ancien SG de la Fesci. Ne l’oubliez pas, le Rhdp ne souhaite pas que Guillaume soit candidat en 2020. Au cours de leurs échanges à la veille du retour avorté de Soro à Abidjan, le Président Ouattara a exigé que celui-ci reporte son voyage le temps d’un accord sur son adhésion au Rhdp. Une adhésion qu’il devrait officialiser avant de prendre l’avion pour la Côte d’Ivoire.

Guillaume Soro peut-il faire une telle déclaration? Les médiateurs sont les premiers à savoir que cela est quasi impossible. Guillaume Soro préférait enterrer sa carrière politique autrement que par une telle trahison de tant de jeunes et de cadres de Côte d’Ivoire qui ont décidé de le soutenir parfois au risque de leur vie. A défaut d’adhérer au Rhdp, l’ex-PAN peut-il renoncer publiquement ou discrètement à sa candidature en la monnayant contre la libération de ses proches et l’annulation du mandat d’arrêt qui l’empêche de rentrer au pays ? Là encore, il risque d’être découvert un jour et de perdre toute l’estime dont il bénéficie dans l’opinion pour son courage politique.

Il ne reste plus alors au Rhdp, après avoir mesuré les inconvénients de son acharnement contre Soro et ses partisans, de trouver encore des arguments juridiques ou politiques pour remettre en liberté tous les cadres de GPS actuellement en prison et lever le mandat d’arrêt contre Soro.

En le faisant, il s’expose aux critiques, voire à la déception de ses propres partisans qui se convaincront ainsi dufait que l’ancien chef du Parlement n’était que l’objet d’une cabale politique, et s’en sentiront redevables vis-à-vis de lui. Un tel revirement ne semble pas envisageable pour le parti au pouvoir. Que faire alors ? L’avenir nous le dira.

Cissé Sindou 

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