Ouattara aura-t-il le courage ?







Deux informations ou rumeurs, c’est selon, circulent depuis quelque temps dans les milieux proches de la coalition au pouvoir, le Rhdp-unifié. La première information soutient que le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, pourrait annoncer officiellement dans quelques mois qu’il ne briguera pas un troisième mandat présidentiel en octobre 2020.

Qu’il prendra sa retraite politique et fera droit à sa promesse de permettre à une nouvelle génération de dirigeants de conduire les destinées de la Côte d’Ivoire.

 La seconde information est relative à une éventuelle modification de la Constitution. Cette modification se résumerait au retour dans la Loi fondamentale de la limitation d’âge des candidats à l’élection présidentielle à 75 ans. En clair, M. Ouattara pourrait ramener la limite de 75 ans qui figurait dans la Constitution de 2000 alors qu’il avait fait de sa suppression l’une de ses réformes politiques majeures de la Constitution de 2016.

 Une question nous brûle alors les lèves : Alassane Ouattara aura-t-il le courage de prendre ces deux décisions ? Certains cadres du Rhdp-unifié croient dur comme fer que leur président de parti franchira le pas. D’autres moins euphoriques, estiment que « le président Ouattara prendra des décisions en rapport avec 2020 qui apaiseront le pays ». Quant aux observateurs et aux militants de l’opposition  ainsi que la société civile, ils veulent bien être des Saint Thomas. « Attendons pour voir. Mais je doute fort qu’Alassane Ouattara ait fait voter une nouvelle Constitution en 2016 pour en définitive ne pas prétendre à un  nouveau mandat présidentiel en 2020 », nous confiait récemment un dirigeant d’un parti de l’opposition. « Notre souhait est que le président Ouattara ne soit pas candidat en 2020. C’est aussi valable pour le président Bédié. Mais les choses se passeront-elles ainsi ? Attendons la réponse que le chef de l’Etat a promise sur la question de sa candidature en 2020 », soutient un responsable de la société civile.

En effet, Alassane Ouattara avoue à demi-mot son intention de se présenter en 2020 en faisant une lecture avantageuse à son profit de la Constitution actuelle.  « La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes », a-t-il affirmé dans une interview accordée, en juin 2018, à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Cette lecture n’est pas celle faite par des juristes chevronnés tels que Francis Wodié, ancien président du Conseil constitutionnel, et Martin Bléou. Même Cissé Bacongo, actuel ministre auprès du chef de l’Etat, abonde dans le même sens. La Constitution de 2016 ne permet pas un troisième mandat à Alassane Ouattara. L’actuel locataire du palais présidentiel aura-t-il suffisamment de cran pour emprunter la voie de l’Histoire qui est grand-ouverte devant lui en acceptant l’alternance en 2020 ? Aura-t-il également ce courage politique pour rétablir les 75 ans de limite d’âge qu’il n’aurait jamais dû ôter de la Constitution ? Une disposition constitutionnelle qui avait été introduite en 2000 pour éviter à la Côte d’Ivoire un autre cas Houphouët. Autant d’attentes pour les Ivoiriens qui pourraient garantir véritablement une stabilité et une paix à la Côte d’Ivoire. Mais aussi ouvrir une nouvelle page au pays. Après celle des leaders politiques des années 1990.

Veritas

Par Didier Dépry

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