La colère du peuple







Il se dit insatisfait et continue de battre le pavé dans toutes les grandes villes du pays y compris la capitale. Lui, c’est le peuple al- gérien. Celui sur qui Abdelaziz Bouteflika a régné pendant une vingtaine d’années. Avant de déposer, le 2 avril 2019, sa démission au Conseil constitutionnel. Bien que diminué phy- siquement suite à un accident vasculaire cérébral contracté en 2013, Bouteflika n’a lâché du lest que sous la forte pression du peuple.

Autrement dit, c’est le « non » véhément des Algériens qui a eu raison de sa volonté de demeurer au pouvoir et de celle de son entourage de ne pas abandonner les privi- lèges entretenus pendant deux décennies. Bouteflika a d’abord dansé le tango, posé des pas d’hésitation en prenant des décisions d’apaisement qui ont vite été perçues comme un trompe-l’œil par le peuple. Il s’agit du renoncement à un 5ème mandat présidentiel, la formation d’un nouveau gouvernement et le report sine die de l’élection présidentielle qui était prévue pour le 18 avril dernier. Ce- rise sur le gâteau pour Bouteflika et son camp : le vieux chef d’Etat (il a 82 ans) a indiqué implicitement qu’il resterait à la tête du pays jusqu’à l’expiration de son mandat, le 28 avril 2019. Son vœu n’a pas été exaucé puisque le peuple déterminé l’a contraint à la démission. Comme quoi la colère du peuple est dévastatrice.

Une colère entretenue dans les rues, les domiciles, sur les lieux de travail et un peu partout qui a poussé les Algériens à ne pas relâcher la pression. A réclamer un chan- gement radical de la classe politique et le départ global du système Bouteflika. Dont la nomination, ce mardi 9 avril, du président du Conseil de la Nation (chambre haute du parlement), Abdelkader Bensalah, en qualité de président par intérim de l’Algérie, est perçue comme la survivance. Ce fidèle de Bouteflika sera chargé d’organiser la pro- chaine élection présidentielle. Le renouveau attendu semble prendre du plomb dans l’aile...

Au-delà de tout, un fait mérite d’être souligné : Bouteflika a cédé le pouvoir. Il a compris la colère du peuple et n’a pas voulu la braver. Lui qui a pourtant affronter les isla- mistes et a réussi à les vaincre ; lui à qui la loyauté de l’armée algérienne n’a jamais fait défaut. Même si le chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, a évoqué, le 26 mars dernier, un passage de relais au sommet de l’Etat.

« Il faut savoir quitter la table, lorsque l’amour est desservi, sans s’accrocher l’air pitoyable et partir sans faire de bruit», sou- tient le défunt artiste français, Charles Az- navour, dans l’une de ses chansons. Même si les rues d’Alger sont inondées de bruit assourdissant, Bouteflika a compris qu’il ne fallait surtout pas s’accrocher au pouvoir. Une leçon que semble avoir bien perçue son lointain cadet, le président nigérien, Mahamadou Issoufou. Qui a courageuse- ment décidé de passer le relais après deux mandats à la tête du Niger. Au moment où en Côte d’Ivoire et en Guinée, Alassane Ouattara et Alpha Condé s’évertuent à trou- ver « la bonne formule » pour briguer un 3ème mandat face à leurs peuples respectifs fortement divisés sur la question.

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